Une fois l'autorisation obtenue, il n'y a plus une minute à perdre : une comédienne repart le lendemain matin. Nous partons donc tourner sa scène immédiatement, de nuit, au milieu du désert. Après une semaine d'attente, de stress et d'appels dans tous les sens, nous faisons enfin ce pour quoi nous sommes venus.
Dès cette première nuit, le Sahara impose ses règles : dans le sable, chaque pas compte. Le moindre déplacement peut ruiner un cadre. Il faut prévoir les trajectoires, organiser les mouvements, protéger l'image avant même de tourner. Le désert est immense, magnifique, mais il ne pardonne rien.
À la fin de la nuit, le régisseur censé venir nous chercher ne répond plus. Il nous a abandonnés au milieu du désert. Nous sommes seuls, sans transport, avec une comédienne qui doit prendre un bus quelques heures plus tard. Le responsable de l'auberge finit par venir nous récupérer, à moitié endormi. Nous rentrons, nettoyons le matériel, dormons à peine, puis repartons.
Le planning initial n'existe plus. Avec la semaine perdue, il faut enchaîner tous les jours : lever à 5h, tournage jusqu'à 22h, nettoyage du matériel, préparation du lendemain, coucher vers minuit. La chaleur, le sable, la fatigue et les déplacements rendent chaque journée plus dure que la précédente. Mais l'équipe tient. Elle tient même magnifiquement.
Le Sahara nous offre alors des images impossibles à fabriquer : un lac né de pluies exceptionnelles au milieu du désert, des palmiers sortant de l'eau, un paysage d'oasis presque irréel où nous tournons le retour du Marin. Puis viennent les scènes avec le cheval, le dromadaire, le buggy, les zones isolées, la lumière à dompter, le sable à fuir, les plans à sauver.
Même le puits devient une bataille : on nous promet un lieu, puis personne ne sait vraiment où il se trouve. Quand nous commençons enfin à tourner, le propriétaire arrive et nous interdit de continuer. Maxime négocie en arabe, calme la situation, et nous permet de finir la scène.
Chaque jour ressemble à cela : une difficulté, une négociation, une solution trouvée de justesse, puis des rushs qui rentrent.
Dans les derniers jours, les producteurs exécutifs marocains reviennent réclamer une somme bien supérieure à ce que nous avions compris. La situation se tend, les départs vers le désert sont bloqués, les rushs semblent menacés. Maxime prend alors la décision la plus importante : sauver les images. Il récupère les cartes, les disques, le cash disponible, et part vers Marrakech pour tenter de prendre le premier avion pour Paris.
Pendant ce temps, la négociation se débloque à l'auberge. Mais impossible de joindre Maxime : son forfait marocain vient d'expirer. Par miracle, le gérant retrouve la voiture dans laquelle il est monté. Le conducteur décroche, se tourne vers Maxime et lui dit : « Tiens, c'est ton frère au téléphone. »
Maxime revient. Nous repartons tourner.
Les derniers plans rentrent à minuit, exactement au moment où nos autorisations expirent. Et c'est seulement après, pendant le repas de fin de tournage, qu'une mini-tempête de sable se lève. Celle que nous avions redoutée pendant tout le séjour arrive trop tard pour nous arrêter.
Après une semaine de retard, des autorisations arrachées à la dernière seconde, des nuits trop courtes, des négociations, des animaux, un puits, un lac au milieu du désert, des tensions et des plans sauvés de justesse, le tournage au Sahara est terminé.
Les images sont là. Arrachées au désert, sauvées de justesse, enfin à nous.